Albert Roth Yutz
« Il m’est impossible de décrire ici tout ce que j’ai vu et vécu dans ce camp spécial. Le fort de Queuleu était un véritable enfer, un lieu de terreur, de mauvais traitement et de cruauté, où mourraient des êtres innocents. Je fus mis dans la cellule 3 et attribué au travail dans l’atelier. C’est dans la cellule 3 que furent amenés tous les détenus à moitié mort par suite des coups reçus ; certains avaient le crâne fracturé, d’autres la poitrine enfoncée, d’autres des blessures par baïonnette, et parfois des fous. »
Charles Hoeffel Montigny-lès-Metz
« Chaque fois qu’un membre de la Gestapo procédait à l’interrogatoire d’un détenu, après lui avoir fait enlever le bandeau des yeux, il plaçait ostensiblement un nerf de bœuf à côté de lui ; si la réponse qu’il donnait ne lui plaisait pas, il frappait jusqu’à ce qu’une réponse favorable lui fût donnée. Voici d’autres procédés employés contre les récalcitrants : les yeux bandés, les mains liées dans le dos, le malheureux était traîné dans une pièce spécialement apprêtée pour les tortures. Si après le matraquage, le détenu n’avouait pas encore, on lui liait une corde autour du cou en lui disant « maintenant c’est ta fin si tu ne parles pas ». Les tortures continuaient alors jusqu’à perte de connaissance. Le contenu de quelques seaux d’eau froide lancé dans la figure faisait reprendre connaissance à la victime. Et on lui communiquait qu’il existait encore des méthodes bien plus efficaces pour le faire avouer. Un autre procédé consistait à mettre des crayons entre les doigts de la main, que le tortionnaire serrait de plus en plus fort… »
Marcel Christini et Marcel Rolin Rosselange
« Depuis le lever à 6 h jusqu’au coucher à 20 h, il faut passer toute la journée assis sur les bancs, devant les lits, en station rigide, la tête tournée vers la porte de la cellule, mains liées et yeux bandés, sans broncher, sans parler, sans quoi les coups de trique ou de crosse de fusil de la sentinelle pleuvent. Deux interruptions d’une heure cependant. La première, le matin de 7 h à 8 h, pour les besoins naturels qui se font dans une lessiveuse : un heure pour les 84 occupants de la cellule : il faut faire vite ! À midi le détenu qui possède une écuelle mange et passe ensuite l’écuelle de soupe ou de café au suivant et ainsi de suite. Mais comme on mange yeux bandés et mains liées, cela consiste surtout à tremper son visage dans la gamelle qui tient péniblement. La nuit, les détenus dorment à deux sur la même paillasse, mais dans le sens opposé, la tête de l’un aux pieds de l’autre, pour ne pas communiquer. La durée d’internement est en moyenne de trois mois et, à part une douche froide, personne ne put se laver : les femmes ont particulièrement souffert de ces conditions d’hygiène catastrophiques. C’est le règne de la vermine et des poux et l’on ne peut même pas se gratter. Durant cette période, il faut subir au moins deux interrogatoires. Le premier à l’arrivée, c’est l’interrogatoire d’identité accompagné d’une fouille en règle et de la confiscation de tout objet que le détenu pouvait avoir par devers lui au moment de l’arrestation. A partir de là : l’identité devient un numéro matricule. Le deuxième interrogatoire, sur les faits, suit en général huit jours plus tard avec « passage à tabac » et nombreux sont ceux qui réintègrent la cellule en piteux état. Le commandant du camp à lui-même mis au point tout un arsenal de punitions : coups de bâtons, de cravache, de nerf de bœuf, flexions jusqu’à épuisement, course à perdre haleine, le chien féroce à ses trousses, commando disciplinaire… »
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